Une photo nostalgique
par Nadine Combet, Centre Georges Pompidou
(paris) 1996
L'exil, la rupture avec ses racines amènent Payram à
faire un long travail de retour aux sources depuis les vestiges
de l'enfance jusqu'à l'homme adulte face à ses souvenirs.
Ce sont des photos de la mémoire enfouie et de la déchirure.
" Mémoire " est le titre global d'une série
de plusieurs sujets photographiques. Chacun d'eux est traité
pendant un an. Ils illustrent le parcours d'un exilé, loin
de son pays. Ainsi se suivent " l'enfance ", " le
rêve ", " quelque chose noir " , " nostalgia
" et " nature morte ". Dans " Nostalgia ",
série à laquelle appartiennent ces photos, la personne
est dans un face à face avec sa dimension perdue. Elle cohabite
sur la photo avec les objets qui peuplent sa mémoire. Passé
et présent se mêlent et deviennent tangibles par l'image.
Payram travaille dans l'obscurité totale. Il utilise un appareil
Polaroïd. Il peut ainsi faire des repérages immédiats,
juger et modifier sa photo.
Il fait des poses très lentes, ce qui lui permet, en éclairant
à la torche certains objets, certains détails, d'impressionner
la pellicule là où il le souhaite laissant dans l'ombre
le reste de l'espace. Les êtres et les choses avec ce traitement
semblent sortir de l'au-delà.
Dans la série " Nature morte ", les photos de Payram
ne sont plus dans les ténèbres. Elles s'en libèrent
peu à peu pour accéder à la lumière
naturelle. Comme s'il se libérait de quelque souffrance.