Regard sur Payram par Jaques Damez (galerie ReverberII, Lyon) 1995

Les gouttes du temps embuent les images. Des images au blanc voilé, au noir mat où le rêve envahit le réel. Un univers d'apparition, d'effacement où la mémoire lutte avec le claquement roulant glissant de l'instantané Polaroïd.
Payram nous pose la tête dans les plumes de l'oreiller de sa nuit.
Nous fouillons les objets d'une enfance fantasmée, revisitée sans cesse par la fuite, la perte. Chacun est là, investi de son histoire. Nous sommes les passeurs du temps de cette mémoire.
Ces objets familiers, souvent anodins- poupée, tricycle, boîte métallique, cadre de photo ancienne, étagère d'armoire chargée de liasse de lettre d'ou la vie suinte - s'organisent au théâtre des réalités (…) Ces prise de vue (de conscience) permettent à Payram de feuilleter le voyage, le doute, la nostalgie qui sont les artéfacts de sa mémoire. Mémoire qui d'ailleurs est le titre générique de l'ensemble dont fait partie Nature Morte. Ce travail s'appuie sur les paradoxes du passé présent, de la fiction et de la réalité, de l'apparition et de la disparition, du souvenir et de l'oubli, le tout dans une enveloppe noir et blanc qui teste sa capacité à voir.

L'abstraction de fait opérée par le choix de l'exclusion de la couleur nous projette immédiatement dans l'espace symbolique des rêves, des visions qui sont fixées dans les laps cachés de la vie de l'auteur.
C'est ici le choix de l'appareil Polaroïd, qui comprime les temps de la photographie dans l'attente impatiente de la montée laiteuse de l'image, joue la métaphore de l'histoire du photographe.

L'histoire a joué…

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